Mise en place d’une plateforme de recrutement tech au Cambodge

[Newsletter 1] Friends International veut transformer des enfants des rues en chefs d’entreprise

Bonjour à tous,

Nous espérons que vous allez bien !

Samedi 2 août, 12 h 40 : départ du duo frère-sœur pour le Cambodge, après une courte escale en Chine. Pas si facile de s’habituer au décalage horaire ! 🙂 Nous sommes à Phnom Penh depuis une semaine avec un objectif : une mission tech avec Friends International. Après un accueil chaleureux et quelques jours avec une équipe incroyable, voici quelques mots sur leur mission et leurs activités.

#Friends International

L’ONG Friends International a été fondée il y a 25 ans par un entrepreneur social français, Sébastien Marot. Elle peut être considérée comme une entreprise sociale. Sa mission est claire : protéger les enfants marginalisés et leurs familles, et leur offrir une formation professionnelle menant à un emploi à plein temps au Cambodge et en Asie du Sud-Est. Nous avons été impressionnés par le professionnalisme des équipes et par leurs processus structurés, de la prise en charge des familles en détresse jusqu’au placement en emploi.

L’an dernier, avec Friends, cela a représenté :

  • 5 pays d’Asie du Sud-Est
  • 6 000 enfants accompagnés pour aller à l’école
  • 1 400 jeunes accompagnés vers l’emploi
  • 7 700 parents soutenus dans la prise en charge de leurs enfants

#Sauver des vies :

Lorsqu’un jeune en détresse est repéré au sein d’une communauté, les équipes « Saving Lives » lui apportent un soutien rapide et direct (drogue, santé, violences…) et évaluent la meilleure façon de l’aider.

Romain Sion Outreach Friends International Cambodia

#Construire l’avenir

Une formation professionnelle est ensuite proposée aux jeunes par l’équipe « Building Futures ». 7 filières à fort potentiel ont été identifiées, avec des programmes de formation couplés au lancement de vraies entreprises. Élèves et enseignants travaillent ensemble en classe, puis s’exercent en conditions réelles.

À Phnom Penh, Friends a lancé la Futures Factory, où cohabitent un restaurant, un salon de coiffure, un salon de beauté, un concept store de mode, une entreprise de soudure, une société d’électricité et un garage.

En créant des entreprises sociales dans 5 pays, les jeunes sont formés aux bonnes compétences, tandis que ces entreprises autofinancent 30 % du budget de l’organisation. C’est génial, non ? Une fois leur diplôme obtenu, reconnu par l’État, Friends les aide à trouver un emploi grâce à son réseau de partenaires.

Nous avons parcouru la liste des demandes des partenaires de Friends : elle est longue, bravo ! 😉

#Un jour, un leader

Pour mieux comprendre les enjeux du pays, nous invitons chaque soir un responsable du monde social, économique ou politique pour un échange informel. Voici quelques lignes sur un entrepreneur hors du commun. À 17 ans, Rithy Thul avait presque tout perdu… Pourtant, c’est un entrepreneur dans l’âme et un battant ! Aujourd’hui trentenaire, il est la figure centrale de l’écosystème de start-up cambodgien, avec une entreprise qui produit des ordinateurs de pointe alliant puissance et accessibilité, le premier espace de coworking lancé au Cambodge et le statut de business angel le plus actif.

Mais son rêve va bien plus loin ! Chaque année, des milliers d’hectares de forêt sont rasés par des hommes d’affaires peu respectueux de l’environnement. Rithy a une solution. En achetant 300 hectares de bandes de terre en bordure des montagnes, il estime pouvoir sauver jusqu’à 100 000 hectares de forêt.

Son projet : lancer une communauté écologique composée de 70 % de reforestation, 15 % d’infrastructures d’écotourisme et 15 % d’agriculture. Pour assurer une protection durable, il veut créer un réseau de 1 000 entrepreneurs, dont ceux qu’il a déjà financés sur le thème de la protection de l’environnement. Et devinez quoi : ce projet n’est pas qu’un rêve, il est déjà en cours !

#Une histoire

Nous avons été surpris d’apprendre que l’un des enjeux majeurs de la protection de l’enfance au Cambodge est celui des faux orphelinats. En 10 ans, le nombre d’orphelinats a presque triplé, avec de nombreux « faux orphelinats » où jusqu’à 77 % des enfants ne sont pas orphelins. La cause : le « volontourisme ». Certains touristes viennent visiter ces structures et paient pour s’occuper d’enfants, sans savoir qu’ils ont été retirés à leur famille. Enlèvements, argent, promesse d’un avenir meilleur : tout est bon pour convaincre les familles de confier leurs enfants. En 2015, sous l’impulsion de l’UNICEF et de Friends, une loi a été adoptée pour réduire de 30 % le nombre d’enfants dans ces structures. Nous n’y sommes pas encore, mais cela progresse !

Après ce long e-mail, n’hésitez pas à nous donner de vos nouvelles ! 🙂

Belle semaine à tous,

Marine et Romain

[Newsletter 2] La digitalisation, un levier puissant pour rendre les opérations des ONG plus efficaces

Bonjour à tous,

Déjà deux semaines ! De belles rencontres, la découverte d’initiatives incroyables et de nombreux échanges pour mieux comprendre le contexte local. Voici quelques nouvelles avant la dernière ligne droite.

#La mission chez Friends International

Convaincre un donateur de soutenir un programme éducatif est bien plus concret et attractif que de financer des loyers de bureaux ou des logiciels, pourtant tout aussi importants. Beaucoup d’ONG sont ainsi contraintes de limiter leurs effectifs ou certains postes de dépenses clés, notamment ceux liés à l’administration.

À notre connaissance, trois leviers peuvent permettre de couvrir ces coûts :

  1. Obtenir des fonds non affectés à des projets précis (par exemple auprès d’EPIC Foundation)
  2. Lancer des activités d’autofinancement pour couvrir une partie du budget
  3. La digitalisation, en intégrant un panel de solutions informatiques à leurs activités

Notre mission chez Friends International s’inscrit dans leur stratégie de digitalisation, qui vise à mettre en place un système d’information central. Qui ne rêverait pas de collecter des données en temps réel ou d’automatiser le reporting ? Pour certaines ONG, la consolidation de certains rapports peut prendre jusqu’à une semaine. Notre objectif est de les aider à identifier et à mettre en œuvre leur plateforme de recrutement, afin d’assurer la mise en relation et le suivi de centaines de bénéficiaires des programmes de formation professionnelle avec des entreprises qui recrutent. Les enjeux sont multiples : coût, intégration, UX, sécurité, ressources internes, API… Encore quelques jours de travail et nous leur remettrons notre rapport.

#Un jour, un leader

Nous avons eu la chance de croiser Frédéric Dubois, qui dirige une équipe d’entrepreneurs de l’eau. L’association 1001 fontaines, ça vous dit quelque chose ? Une aventure passionnante sur l’accès à l’eau potable en zone rurale ! Leur objectif : un million de bénéficiaires d’ici 2020.

Ils construisent des kiosques à eau clés en main, offerts aux villages. La gestion des kiosques est assurée par des micro-entrepreneurs, qui produisent et livrent à domicile des bonbonnes d’eau. Leur système est 100 % durable et fournit une eau de qualité à un prix imbattable : 0,40 $ les 20 litres ! Chaque jour, 500 000 personnes accèdent à l’eau potable grâce à leur réseau de 200 kiosques.

#Une histoire

Parmi la multitude de bâtiments en construction dans la capitale, nous avons été très surpris de voir autant d’inscriptions en chinois. Par exemple, la ville de Sihanoukville accueille aujourd’hui plus de 50 casinos chinois, et 150 de plus sont prévus à court terme. Les flux de capitaux s’accompagnent d’une immigration importante : entre 2017 et 2018, on comptait 210 000 Chinois hors touristes, deux fois plus que l’année précédente. D’un côté, le soutien chinois semble un accélérateur dans des domaines comme l’énergie, avec la construction de 7 barrages hydroélectriques (jusqu’à 50 % des besoins du pays), ou les transports, avec la construction d’autoroutes. De l’autre, les Cambodgiens font face à des projets financés par des Chinois, construits par des entreprises chinoises et destinés à des Chinois, sans bénéfice pour eux. À Sihanoukville, 90 % des commerces appartiennent désormais à des Chinois.

Nous espérons que vous profitez bien de vos vacances,

À la semaine prochaine !

Marine et Romain

PS : nous avons enfin trouvé les tongs idéales que nous cherchions ! 🙂

[Newsletter 3] Friends International croit aux bénéfices de la tech et vise une digitalisation complète

Bonjour à tous,

Déjà 3 semaines ! Après deux courtes journées à Siem Reap pour rencontrer Ampor, International Program Manager chez Friends International, et visiter les incroyables temples d’Angkor, nous avons pris la direction de l’aéroport !

Romain Sion Friends International Cambodia

#La digitalisation chez Friends International

Notre mission consistait à aider à identifier et à mettre en œuvre une plateforme de recrutement pour assurer la mise en relation et le suivi de centaines de bénéficiaires. Une fois celle-ci terminée, nous avons partagé notre rapport.

Nous avons recommandé la mise en place de deux solutions intégrées : Oscar et Salesforce. Ce que nous avons vraiment apprécié, c’est leur volonté sincère de digitaliser tous leurs programmes. Nous avons eu des échanges intéressants sur le déploiement de ces solutions, la formation des équipes, le recrutement de leur futur responsable IT / CTO, l’optimisation des coûts…

De façon générale, nous avons constaté que beaucoup d’ONG voient la digitalisation comme un moyen puissant de créer un avantage concurrentiel durable (collecte centralisée des données, rapports automatisés, information en temps réel…). Nous avons aussi remarqué que l’offre de solutions s’élargit : des entreprises comme Salesforce ont créé des offres spécifiques pour les ONG, des start-up développent des solutions SaaS dédiées, et des ONG s’associent pour partager les coûts de développement d’une solution tech commune…

Romain Sion Friends International Cambodia

#Un jour, un leader

Cette semaine, nous avons rencontré Darong Chour, directeur de l’ONG Krousar Thmey, quelques semaines après une annonce majeure : le gouvernement cambodgien a approuvé le transfert de leurs 5 écoles pour enfants aveugles et sourds, et de plus de 200 enseignants, au ministère de l’Éducation. Dans les années 1990, il n’existait aucune infrastructure pour accompagner les enfants aveugles et sourds. Pour y remédier, l’équipe a créé une version du braille en khmer, adapté la langue des signes et traduit l’ensemble du programme scolaire cambodgien. Cette année, plus de 300 enfants aveugles et 750 enfants sourds sont accompagnés par Krousar Thmey.

#Juste une réflexion

Nous avons eu une discussion intéressante sur les grands défis auxquels notre génération devra faire face. À notre connaissance, on peut en distinguer trois : la technologie, avec le développement rapide de l’infotech et de la biotech, la course au nucléaire et le changement climatique. L’actualité sur la forêt amazonienne est révélatrice. Des milliers d’hectares de forêt brûlent actuellement, principalement à cause de la déforestation. On peut se poser plusieurs questions : un exploitant forestier responsable pourrait-il être rémunéré pour sa contribution à la capture du CO2 ? À l’inverse, une entreprise qui déboise des centaines d’hectares pour développer un élevage de masse devrait-elle payer ce que l’on pourrait appeler le coût des externalités ? Que deviendrait la valorisation d’une entreprise qui exploite des ressources minières au fond des océans tout en détruisant la biodiversité à grande échelle ? Les gouvernements et les institutions internationales devront prendre des décisions majeures pour répondre à ces enjeux. Est-ce la responsabilité d’une entreprise au bilan carbone désastreux de financer des solutions à ce problème ? Les marchés financiers devront considérer ces nouveaux indicateurs environnementaux et sociétaux comme indissociables de la performance à long terme. Philanthrope ou non, ceux qui n’en tiennent pas compte risquent un réveil difficile. Pour aller plus loin, voici un article intéressant : The Comprehensive Business Case for Sustainability, de la Harvard Business Review.

Un grand merci à Cécile et à l’équipe EPIC, qui ont rendu ce projet possible !

Un grand merci à mes mentors, notamment Alex et Charles, qui m’aident à me poser les bonnes questions !

Un grand merci à ma famille, à mes amis et à tous ceux qui ont suivi cette newsletter, pour vos gentils messages !

Belle semaine à tous,

Marine et Romain