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  • Hope and the Levers to Take Action in the Northern Districts of Marseille [Newsletter 3 France]

    Hope and the Levers to Take Action in the Northern Districts of Marseille [Newsletter 3 France]

    Salut à tous,

    English version below 🙂

    On espère que vous allez tous bien. Voici les dernières nouvelles de notre aventure Marseillaise!🙂

    #Notre Quotidien Avec Les Jeunes : les activités de rue

    Olympic games Bellevue district Marseille Romain Sion
    Relais par équipe lors des jeux Olympiques
    Olympic games Bellevue district Marseille
    Olympic games Bellevue district Marseille Romain Sion
    Organisation des grands jeux thématiques le samedi

    Tous les jours, en fin d’après-midi, nous partions par groupe de 6-7 volontaires organiser des activités de rue pour les enfants dans l’une des cités avoisinantes. Assigné à la cité Bellevue, nous avons organisé des jeux par équipes ainsi que des grands jeux thématiques comme les jeux olympiques ou l’île des pirates. M’étant déguisé en Rackham le Rouge pour l’occasion, j’ai eu le droit au surnom toute la semaine suivante. 🙂 Ces activités avaient deux objectifs : encourager les enfants à jouer ensemble et engager la conversation avec ceux qui le souhaitaient. Les discussions étaient riches ! Après avoir fait connaissance, certains ont par exemple commencé à poser des questions sur le métier d’ingénieur, les études qu’il fallait faire pour y arriver…

    Street activities Bellevue Romain Sion
    Petit Selfie avec Ailis, Safrina, Aissa et Cadidja

    Ailis, 5  ans m’a particulièrement marqué. Le fait que je me souvienne de son prénom était très important pour lui. Sachant qu’il y avait Ailis, Aissa, Aisser et Aissam dans le groupe, il a rapidement constaté que j’étais en galère. 🙂Il m’a donc proposé un challenge. Si l’un d’entre nous deux ne se souvenait plus du prénom de l’autre, alors il devrait faire 10 pompes. On a bien ri ! 🙂 Il aurait clairement pu être mon petit frère ou mon cousin. Ce qui m’a révolté, c’est de me rendre compte des multiples challenges qu’il devra surmonter pour obtenir une trajectoire de possibilités équivalente à celle dont j’ai pu bénéficier. A la naissance, nous ne démarrons clairement pas tous à égalité! Je n’oublierai pas tous ces bons moments passés avec Rama, Aissa, Ailis, Yassine, Safia, Rayana, Djibril, Aaron, Chaimaa, Mohammed, Abder, Jade, Aisser, Stéphane, Sabrina, Aissam, Matisse, Abdu et Cadidja.

    #Les Leviers Pour Agir : Le soutien scolaire & l’insertion professionnelle

    Centre Ozanam - Massabielle Quartiers Nord Marseille
    Cours de récréation du Centre Ozaman
    After renovation Massabielle Marseille Centre Ozanam
    Salle de classe renovée suite aux chantiers au centre Ozanam 
    Street activities Massabielle Bellevue Romain Sion
     Groupe des habitués des activités de rue à la cité Bellevue 🙂

    Pour faire face au risque de décrochage scolaire, nous avons pu identifier deux leviers efficaces : le soutien scolaire et l’orientation professionnelle. Au sein de l’association ou directement chez l’habitant, Massabielle propose des cours de soutien. Bien que certains parents n’aient pas fait beaucoup d’études, nous avons rencontré de nombreux parents très impliqués dans le suivi scolaire de leurs enfants. En parallèle, Massabielle a monté le centre Ozanam où nous y avons fait notre chantier. La liste de classe m’avait interpelé car 90% des prénoms étaient compris entre les lettres R et Z. Beaucoup de jeunes veulent travailler mais beaucoup n’ont pas les codes, le réseau et ont du mal à cerner le champ de possibilités qui pourraient s’offrir à eux. Footballeur, rappeur, agent d’entretien ou de sécurité ne sont pas les uniques possibilités. Un accompagnement sur l’orientation professionnelle est la clé.

    Massajobs
    Massajobs
    Massajobs
    Sessions d’orientation et de soutien avec Massajobs

    Rattaché à l’association, Massajob est un programme d’accompagnement de 250 -300 habitants du quartier à l’insertion professionnelle. On y trouve 2 piliers : « la vie en grand » programme de 2-3 jours visant à ce que les jeunes prennent confiance, identifient leurs talents et leurs rêves. Puis « la route de l’emploi », programme de 15 jours visant à préparer les jeunes aux entretiens (tenue, CV, lettre de motivation, respect des horaires…) et à les aider dans leurs recherches. Nous avons eu la chance de rencontrer Moussa qui avait repris une formation pour devenir maître-chien et qui venait de décrocher un contrat à l’hôpital. En partenariat avec les écoles, Massajob cherche aussi à organiser des témoignages de salariés d’horizons différents auprès des jeunes. 

    #Le Sport : Une ouverture en dehors de la cité

    Sporting Club Karthala Marseille
    Photo d’une des équipes de jeunes du cub de Saïd

    Le soir de notre arrivée, il y a eu des feux d’artifices pour la finale du tournoi inter-cité. Chaque cité a son équipe, son maillot et ses supporters. De grands joueurs pro reviennent parfois jouer avec les équipes de leur quartier. Savez-vous pourquoi l’arbitre porte une cagoule lors de certains matches de derby ? 🙂 En cas de coup de sifflet mal interprété, il faut parfois mieux rester incognito à la sortie du stade. 🙂Lors d’une activité de rue, j’ai eu la chance de rencontrer Saïd, originaire des Comores et Président du Sporting Club Karthala Marseille qui m’a expliqué les enjeux des clubs formateurs de la cité. Ancien joueur, il a notamment côtoyé Evra, Cissé… Les jeunes prodiges sont identifiés dès l’âge de 5 ans afin d’être formés dans l’optique de peut-être signer un contrat de footballeur professionnel. A partir de 14 ans, tout transfert fait l’objet d’un contrat entre les clubs où la famille touche 81% du montant et le club formateur 19%. C’est en partie grâce au placement de joueurs à l’OM, Bordeaux, Arles… que Saïd a pu développer son club. Pour attirer les jeunes, un des leviers qui fonctionne, c’est la marque des maillots. Très fier, il venait tout juste de lancer un partenariat avec Puma et Kappa.

    Sporting Club Karthala Marseille
    Nouvelle panoplie de l’équipe de foot

    Sachant que peu de jeunes deviendront professionnels, l’objectif de Saïd, c’est surtout de les aider à développer la sociabilité, l’esprit d’équipe, le travail… mais aussi de permettre aux jeunes de sortir de la cité et de voir autre chose grâce aux matchs à l’extérieur. Les plus chanceux ont même pu prendre l’avion pour la première fois. Pour Saïd, le foot permet aux jeunes de rêver et d’avoir des étoiles dans les yeux. Il fait tout pour les pousser à travailler à l’école et à ne pas tomber dans la drogue. Par exemple, il s’est arrangé avec l’OM pour avoir des places pour les matchs qu’il remet aux joueurs méritants aux entraînements et qui ont de bonnes notes. 

    #Une Jour Une Rencontre : Invitation chez Roselyne et Mathis

    Invitation for dinner Roselyne Massabielle Marseille
    Dîner chez Roselyne

    Pour notre dernière soirée, nous avons été invités chez Roselyne. Nous sommes venus avec une partie du repas car pour certaines familles, recevoir n’est pas simple car chaque euro est compté. Nous avons passé une super soirée et bien ri avec la démonstration de skate de son fils Mathis qui avait des projets pleins la tête. Nous avons compris que sa mère se sacrifiait en mettant tout de côté pour ses enfants. Avec l’équivalent d’un smic pour 3 personnes, elle avait réussi à envoyer son fils dans une école privée. Elle veillait quotidiennement à ses fréquentations, à son comportement et à ses notes. Tout en admettant qu’elle ne pouvait pas suivre ses devoirs et qu’elle ne comprenait pas toutes les conversations, une chose était certaine, elle se battait avec ardeur pour son fils et son avenir. Résultat : son fils était premier de sa classe. Après quelques minutes d’écriture, Mathis nous a fait un beau cadeau : un freestyle! En voici une démo :

    Freestyle de Mathis

    #Une Aventure Incroyable tout en restant vigilant

    Fire Massabielle
    Départ de feu au pied du mur de l’association
    Weeding Massabielle Marseille
    Débroussaillage d’urgence pour éviter que ça recommence 

    Cette année encore, ce fut une formidable aventure humaine qui nous a permis de déconstruire nos nombreux clichés sur les cités. Nous y avons découvert un sens de l’accueil exceptionnel ainsi qu’une une belle vision de la mixité sociale dont nous devrions nous inspirer. Je n’oublierai pas les mots d’Amor sur le chemin de Bellevue pour me présenter à un de ses amis qui était musulman : « Ici dans la cité, on ne regarde pas la religion mais on regarde le cœur ». Cependant, il est important de garder à l’esprit que tout n’est pas rose. La précarité et la violence font partie du quotidien. Pendant notre séjour, deux jeunes ont mis volontairement ou involontairement (on ne saura jamais) le feu au niveau du mur d’enceinte de l’association. Marine (ma soeur) s’en est rendue compte à temps et tout le monde s’est empressé de l’éteindre avec les moyens du bord. 8m2 de terrain brûlé en quelques instants. Cela aurait pu tourner à la catastrophe. Le mot d’ordre : rester vigilant. 

    Street activities Bellevue district Marseille Romain Sion
    Une dernière photo pour la route 🙂

    Pour conclure ces quelques lignes, je rentre à Paris avec un mélange étrange de rage et d’espoir. Nous avons été témoins de situations profondément injustes qui nous font prendre conscience de la chance que nous avons. Cette chance, nous n’avons pas le droit de la gâcher.  Mais c’est aussi un sentiment d’espoir en se disant que changer les choses, c’est possible ! De la jungle Ougandaise, à l’une des plus insalubres décharges Indienne, en passant par une entreprise sociale au Cambodge et le plus grand bidonville urbain kenyan, avant d’arriver à Marseille, j’ai eu la chance d’y rencontrer des centaines de citoyens d’horizons les plus divers se battant tous pour un monde meilleur! A ce jour, nous avons toutes les raisons d’y espérer et d’y aspirer. Que vous soyez entrepreneurs, professeurs, étudiants, parents, activistes, politiciens, journalistes, investisseurs…, nous pouvons tous avoir de l’impact à notre échelle. Qu’il s’agisse du choix des produits que nous mettrons dans notre chariot pendant nos courses, des journalistes lorsqu’ils écriront leurs prochains articles sur les cités, d’investisseurs choisissant leurs futurs investissements, d’étudiants lorsque des entreprise agissant contre leurs valeurs leurs feront des offres alléchantes ou d’activistes engagés pour une cause juste mais difficile à défendre, nous pouvons tous agir sur le système à notre niveau! 🙂

    Belle journée à tous, 

    Marine, Claire, Matthieu et Romain

    « At our pace and scale, everyone can aspire to change to world »

    Ps : Petite dédicace à mes chers frères et sœurs qui ont accepté de rejoindre cette aventure ! On s’en souviendra longtemps ! 🙂

    Family picture Sion Romain

    ———————–

    Hi everyone,

    We hope you are all doing well.

    Here is the latest news from our adventure in Marseille! 🙂

    #Our Daily With Young People: street activities  
    Every day, at the end of the afternoon, we were leaving in groups of 6-7 volunteers to organize street activities for the children in one of the neighboring districts. Assigned to the district Bellevue, we have organized team games as well as thematic ones such as the Olympic Games or the Pirate Island. Dressing up as Red Rackham for the occasion, I was entitled to that nickname all the following week. 🙂These activities had two objectives: to encourage children to play together and to engage in conversation with those who wanted to. The discussions were rich! After getting to know each other, for example, some began to ask questions about the engineering profession, the studies that had to be done to get there …

    Ailis, 5 years old particularly marked me. It was very important to him that I remember his first name. Knowing that there were Ailis, Aissa, Aisser and Aissam in the group, he quickly saw that I was in trouble. 🙂So he offered me a challenge. If one of us can’t remember the other’s first name, then he should do 10 push-ups. We had a good laugh !🙂 He clearly could have been my little brother or my cousin. What revolted me was realizing the multiple challenges he will have to overcome to obtain a trajectory of possibilities equivalent to the one I have been able to benefit from. At birth, we clearly do not all start equally! I will not forget all these good times spent with Rama, Aissa, Ailis, Yassine, Safia, Rayana, Djibril, Aaron, Chaimaa, Mohammed, Abder, Jade, Aisser, Stéphane, Sabrina, Aissam, Matisse, Abdu and Cadidja.

    # Levers to take actions: Academic support & professional integration
    To deal with the risk of dropping out of school, we have been able to identify two effective levers: academic support and career guidance. Within the association or directly at home, Massabielle offers support classes. Although some parents did not pursue long studies, we met many parents who were very involved in their children’s education. At the same time, Massabielle set up the Ozanam center where we did our renovation work. The class list appealed to me because 90% of the first names were between the letters R and Z. Many young people want to work but many do not have the codes, the network and have difficulty in identifying the range of possibilities that they could go after. Footballer, rapper, maintenance or security officer are not the only possibilities. Career guidance support is key.

    Attached to the association, Massajob is a support program for 250-300 inhabitants of the district for employment. There are 2 pillars: “dream big”, a 2-3 day program aimed at helping young people gain confidence, identify their talents and their dreams. Then “the road to employment”, a 15-day program designed to prepare young people for interviews (outfit, CV, cover letter, respect for schedules, etc.) and to help them in their research. We had the chance to meet Moussa who had resumed training to become a dog handler and who just got a new contract at the hospital. In partnership with schools, Massajob also seeks to invite employees from different backgrounds to testify about their careers.

    #Sport: An opening outside the district
    The night we arrived there were fireworks for the inter-district tournament final. Each city has its team, its shirt and its supporters. Great pro players sometimes come back to play with their prior district teams. Do you know why the referee wears a balaclava in some derby matches?🙂 In the event of a misinterpreted whistle, it is sometimes better to remain incognito when leaving the stadium. 🙂During a street activity, I had the chance to meet Saïd, originally from the Comoros and President of Sporting Club Karthala Marseille, who explained to me the challenges of the districts’ training clubs. As a former player, he has trained with Evra, Cissé, etc. Young prodigies are identified from the age of 5 in order to be trained with an objective to perhaps signing a contract as a professional footballer. From the age of 14, any transfer is subject to a contract between the clubs where the family receives 81% of the amount and the training club 19%. It is partly thanks to the placement of players at the Olympic Marseille, Bordeaux, Arles … that Saïd has been able to develop his club. To attract young people, one of the levers that work is the brand of the shirt. Very proud, he had just launched a partnership with Puma and Kappa.

    Knowing that few young people will become professionals, Saïd’s objective is above all not only to help them develop sociability, their team spirit, work capacity… but also to allow young people to leave the district and see something different thanks to extrernal games. The lucky ones were even able to fly for the first time. For Saïd, football allows young people to dream and have stars in their eyes. He does everything to get them to work well at school and not fall into drugs. For example, he made arrangements with Olympic Marseille to get tickets for the games and then, he gives them to deserving players and to the ones who have good grades. 

    #One Day A Meeting: Invitation to Roselyne and Mathis
    For our last evening, we have been invited by Roselyne for dinner. We came with part of the meal because for some families, hosting is not easy when every euro is counted. We had a great evening and had a good laugh with the skate demonstration of his son Mathis who had his head full of projects. We understood that her mother was sacrificing herself by putting everything aside for her children. With the equivalent of a minimum wage for 3 people, she had managed to send her son to a private school. She took care of his frequenting, his behavior and his grades on a daily basis. While admitting that she couldn’t keep up with her homework and didn’t understand all the conversations, one thing was certain, she fought hard for her son and his future. Result: her son was first in his class. After a few minutes of writing, Mathis gave us a nice gift: a freestyle! Here is a demo: LINK: Youtube

    #An Incredible Adventure while remaining vigilant
    This year again, it was a tremendous human adventure which allowed us to deconstruct our many clichés on the districts. We discovered there an exceptional sense of welcome as well as a beautiful vision of diversity from which we should be inspired. I will not forget Amor’s words on the way to Bellevue to introduce myself to one of his friends who was a Muslim: “Here in the city, we do not look at religion but we look at the heart”. However, it is important to keep in mind that all is not rosy. Insecurity and violence are part of everyday life. During our stay, two young people voluntarily or involuntarily (we will never know) set fire to the surrounding wall of the association. Marine (my sister) realized this in time and everyone rushed to shut it down with whatever means at hand. 8m2 of land burned in a few moments. It could have turned into a disaster. The watchword: stay alert.

    To conclude these few lines, I return to Paris with a strange mixture of rage and hope. We have witnessed deeply unfair situations that make us realize how lucky we are. We have no right to waste this chance. But it’s also a feeling of hope when you tell yourself that change is possible! From the Ugandan jungle, to one of the most unsanitary dumping ground in India, through a social enterprise in Cambodia and the largest urban Kenyan slum, before arriving in Marseille, I had the chance to meet hundreds of citizens from the most diverse backgrounds all fighting for a better world! To this day, we have every reason to hope and aspire to it. Whether you are entrepreneurs, teachers, students, parents, activists, politicians, journalists, investors … we can all make an impact on our scale. Whether it is the choice of products that we will put in our cart during our shopping, journalists when they will write their next article on the districts, investors choosing their next investment, students when companies acting against their values will make them attractive offers or activists committed for a just cause which is hard to defend, we can all act on the system at our level! 🙂

    Have a nice day everyone, 

    Marine, Claire, Matthieu and Romain

    “At our pace and scale, everyone can aspire to change to world” 

    Ps: dedication to my brothers and sisters who have agreed to join this adventure! We will remember this for a long time!🙂

  • The Northern Districts of Marseille, the Impression of Crossing a Border [Newsletter 2 France]

    The Northern Districts of Marseille, the Impression of Crossing a Border [Newsletter 2 France]

    Salut à tous,

    English version below 🙂

    Comment allez-vous ?

    Très rapidement, nous avons pris nos marques et repères au sein de Massabielle et les jours ont filé à toute allure. Ne pouvant être là dès le début de l’aventure, notre petite sœur Claire nous a rejoints à la fin de la première semaine.

    #Notre quotidien                                                                                                                                                          

    Les journées étaient rythmées par un emploi du temps chargé avec le matin, un temps spirituel et de l’aide pour le fonctionnement de l’association et l’après-midi un temps de service (chantiers, échanges avec les habitants, soutien scolaire, animations avec les enfants…) pour la cité.

    Sur le plan spirituel, j’ai particulièrement été marqué par le témoignage du couple responsable de Massabielle à la cité des Lauriers (une cité correspond à une barre d’immeubles). Aux Lauriers depuis 8 ans, ils nous ont expliqué que, sans leur foi chrétienne, ils n’auraient jamais pu tenir plus de 6 mois. Ils auraient claqué la porte 100 fois… Un jour, un jeune a manqué de leur tirer dessus au harpon. Une autre fois, les trafiquants les ont enfermés dans les caves de l’immeuble lorsqu’ils avaient pris l’initiative de proposer des jeunes motivés suite à un appel d’offres public. Comment aurais-je réagi à leur place ? En tant que catholique, j’ai beaucoup apprécié les échanges que j’ai pu avoir, notamment avec Gabi, un évangéliste de la communauté gitane, ou encore Kader, un musulman pratiquant. Cela a renforcé une de mes convictions profondes : dans le respect, les religions peuvent cohabiter les unes avec les autres.

    Echange avec Kader autour d'un thé accompagné de ses traditionnelles madeleines
    Echange avec Kader autour d’un thé accompagné de ses traditionnelles madeleines 🙂

    Afin de contribuer au bon fonctionnement de l’association, l’aide se répartissait entre l’entretien et  l’intendance. Toutes les grandes surfaces sont maintenant obligées de donner leurs produits périmés aux associations pour éviter le gaspillage. Toutes les semaines, nous allions donc chercher les invendus au Carrefour du coin : c’était la surprise quant aux produits récoltés et s’en suivait alors un important travail de tri et bien sûr de préparation des repas. 100% de la nourriture de Massabielle est ainsi assurée grâce aux dons de Carrefour ! Alors, Merci Carrefour ! 🙂

    Collecte des produits périmés et invendus chez Carrefour
    La voiture étant fatiguée – Système D avec soeurette pour entrer dans la voiture 🙂

    Quant aux temps de services pour la cité, ils avaient lieu l’après-midi avec un créneau dédié aux travaux chez les habitants ou pour la collectivité, puis un créneau avec les jeunes : animations, soutien scolaire et enfin un moment d’échanges, de rencontres avec les habitants, chez eux.               

    Pour les travaux, j’étais responsable d’un chantier qui consistait à ouvrir deux classes de 4e et 3e, un laboratoire de chimie et une bibliothèque au sein du centre Ozanam. En effet, il y a quelques années, Massabielle a transformé un vieil hôtel particulier devenu un squat et un lieu de prostitution en un collège hors contrat destiné aux jeunes du quartier. Ainsi, avec une quinzaine de volontaires, nous avons retroussé nos manches : ponçage, peinture, pose de plinthes, de tableaux, d’étagères, aménagement, etc., afin que les salles soient prêtes pour la rentrée. Le lieu est génial ! C’est là que les enfants de Saïd vont à l’école (prochain épisode :-)).

    Chantier de rénovation du centre Ozanam avec l’ouverture de deux nouvelles classes
    Equipe de volontaires sur le chantier Ozanam
    Pose du tableau au centre Ozanam dans la future classe de 4ème

    #Les frontières de la cité

    Lorsque nous sommes arrivés pour la première fois dans la cité des Lauriers, nous avons eu l’impression de passer une frontière imaginaire, comme si nous changions de pays. Sauf pour aller travailler, les habitants sortent très peu de la cité et les gens de l’extérieur n’ont pas d’intérêt particulier à aller y faire un tour. C’est bien ce qui nourrit nos préjugés ! Après quelques jours sur place, nous y avons découvert deux aspects marquants : la précarité et le sens de l’accueil.

    Cité des Lauriers – Marseille
    Les abords de la cité des Lauriers

    J’avais lu que plus d’un tiers des habitants de la cité vivaient dans la pauvreté. Cette précarité est d’autant plus frappante une fois sur place. Nous sommes entrés dans ces grandes barres d’immeubles défraîchies. Les cages d’escalier aux murs délabrés sont taguées à l’intérieur, ce qui donne une sensation d’insécurité. Il ne fallait plus s’étonner des cafards dans les chambres et la cuisine de l’association, ni des rats, très certainement plus nombreux que les habitants des Lauriers, qui gambadaient de partout…

    Petit plan de repérage des habitants des Lauriers 🙂

    En revanche, nous y avons rencontré un sens de l’accueil chaleureux, rare en France. Lors de nos visites, il nous est arrivé de sonner au hasard chez les gens afin de nous présenter et de proposer un temps de rencontre. Toutes les familles nous ont ouvert avec le sourire et certaines nous ont même invités à prendre le thé. Nous n’oublierons pas Yollande, appelée « Tata Yoyo », originaire des Comores, qui nous a fait découvrir sa spécialité : le punch coco, ni « Tata Doudou », qui nous a raconté avec simplicité les périples de sa vie, qui a commencé par une mère qui l’avait abandonnée dans une boîte à chaussures. Avec beaucoup d’humour, elle nous a proposé de nous accompagner pour les courses chez Carrefour. Grâce à sa carte d’invalidité, elle a un pass VIP incluant une place de parking dédiée, une caisse prioritaire et enfin la possibilité de fumer devant le magasin ! 🙂 Ni la maman de Romain, qui nous a expliqué en détail la façon dont la maîtresse de son fils s’était débrouillée pour ne pas laisser tomber les élèves motivés pendant le Covid.

    #Trafic de drogue et violence                                                                                                                               

    Le trafic de drogue et la violence font partie du quotidien des habitants de la cité. La police s’y rend rarement, sauf pour les descentes. Il y a 2-3 ans à peine, il n’y avait qu’une seule entrée dans la cité et l’emprise des réseaux de trafic était telle que même un agent EDF n’était pas autorisé à entrer sans montrer patte blanche. Il y a quelque temps, lors d’une visite, un volontaire s’était trompé de porte et a été accueilli par un des chefs du réseau qui avait une arme de guerre accrochée dans son salon. Une autre fois, lors d’une descente de police, deux jeunes se sont échappés en passant par l’association, armés de leurs kalachnikovs.

    Le réseau est hiérarchisé avec, en bas de l’échelle, les guetteurs, puis les vendeurs, les transporteurs de marchandise et d’armes, ceux qui transfèrent l’argent et enfin les chefs intermédiaires… Les têtes de réseau sont, sans surprise, des cols blancs issus de grandes écoles qui ne mettent jamais les pieds dans les cités ! La drogue est cachée chez des nourrices ou des familles qui, de gré ou de force, la stockent dans leur appartement avant qu’elle ne soit vendue dans les cages d’escalier. Les prix et les horaires d’ouverture de ces « magasins » sont parfois même clairement affichés. 🙂 Lorsque nous rendions visite aux gens, nous privilégiions donc les ascenseurs aux escaliers. À part dire « bonjour » aux guetteurs, nous suivions la règle d’or : « on ne se mêle pas de leurs affaires ». 🙂

    Magasin avec un nom, des produits clairement affichés avec leurs prix ainsi que les horaires d’ouverture
    Il y a même le QR code Snapchat 🙂

    Cette violence concerne déjà certains enfants. Il y a quelques semaines, un jeune garçon s’était fait mettre à terre par une fille : une humiliation. Deux groupes s’étaient alors donné rendez-vous pour s’affronter à coups de pierres. Heureusement, les responsables de Massabielle qui les connaissaient ont pu les raisonner à temps. D’après Nathan, le responsable de l’association, même si la violence est encore bien présente, les cités se sont vraiment apaisées ces dernières années. Cependant, il suffirait d’une étincelle pour la raviver.

    #Décrochage scolaire                                                                                                                                                                  

    À côté des Lauriers, il y a deux lycées avec des professeurs qui font leur possible, mais dans lesquels vous ne mettriez sûrement pas vos enfants. D’après nos échanges, le décrochage scolaire se produit souvent lorsqu’un jeune pense qu’il est nul et bon à rien. Par exemple, lorsqu’un élève ne comprend pas un chapitre en classe et qu’il se fait répéter 1 fois, 10 fois… qu’il est bon à rien, il finit par y croire et jette l’éponge. On m’a parlé de jeunes qui, à 10 ans, ont déjà la charge de leurs frères et sœurs plus jeunes, car leurs parents commencent très tôt ou finissent très tard leur journée de travail. Ils ont souvent de longs temps de transport s’ils travaillent hors de la cité. Le père de Kabal a tout tenté pour éviter à son fils de tomber dans le trafic : il a essayé de le raisonner. Par désespoir, il a fini par recourir à la force. Un juge lui a dit que s’il recommençait, c’est lui qui finirait en prison. Depuis, son père a lâché prise…

    Lycée proche des Lauriers

    En parallèle, il y a l’influence des « grands frères » qui approchent les jeunes dès 12-13 ans avec des propositions comme : « Tiens, 20 €, tu peux m’acheter une bouteille de coca ? Tu peux garder la monnaie » ou encore « Tu pourrais me remplacer à mon poste de guetteur quelques heures demain ? ». C’est là que tout commence… Payés entre 300 € et 500 € par semaine pour guetter, les jeunes mineurs se sentent « les rois du pétrole » ; il est ensuite difficile de les faire revenir sur les bancs de l’école. Dès 14 ans, certains de ces jeunes pensent déjà qu’ils n’auront pas d’avenir et qu’ils n’ont plus rien à perdre. Malheureusement, c’est souvent à eux que sont confiées les tâches ingrates : disparition de preuves, règlements de comptes… En 2015, 3 jeunes de 15, 18 et 23 ans ont assassiné des jeunes aux Lauriers… Heureusement, des leviers efficaces existent pour éviter le décrochage scolaire (prochain épisode :-)).

    #UnJourUneRencontre

    Nous sommes partis un jeudi soir à la rencontre des habitants de la cité des Lauriers. L’un des meilleurs spots, c’est entre le skatepark et le terrain de pétanque. 🙂 Nous y avons fait la connaissance de Kathy Taleb, l’une des doyennes de la cité, d’origine marocaine, installée aux Lauriers depuis 43 ans. Comme elle avait besoin d’aide pour couper quelques carreaux de carrelage pour sa cuisine, nous sommes partis avec Matthieu lui prêter main-forte. Entre deux coupes et un jus lait-banane maison, Kathy nous a fait part de ses combats, notamment pour décrocher du travail. Avant de tomber sur un patron qui lui a donné sa chance, elle avait essuyé une quantité de refus à cause de son nom de famille qui, disait-on, « faisait trop arabe ». Consciente qu’elle n’avait pas fait beaucoup d’études, le plus beau cadeau qu’elle souhaitait transmettre à ses enfants, ce sont ses valeurs familiales, le respect des autres et du travail. Pour Kathy, « c’est en faisant que l’on gagne sa crédibilité. Parfois, faire des erreurs, c’est bon pour apprendre et devenir meilleur ».

    Session bricolage chez Kathy avec Matthieu

    Belle journée à tous,

    Marine, Claire, Matthieu & Romain

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    Hi all,

    How are you?

    Very quickly, we took our bearings within Massabielle and the days went by at full speed. Unable to be there from the start of the adventure, our little sister Claire joined us at the end of the first week.

    #Our daily life

    The days were punctuated by a busy schedule: spiritual time and help for the functioning of the charity in the morning and service (work sites, exchanges with the inhabitants, school support, activities with children, etc.) for the district in the afternoon.

    On the spiritual level, I was particularly moved by the testimony of the couple in charge of Massabielle in the “Lauriers” district. They have lived there for 8 years and explained to us that, without their Christian faith, they could never have lasted more than 6 months. They would have slammed the door 100 times… One day, a young man nearly shot them with a harpoon. Another time, the traffickers locked them in the basement of the building after they had taken the initiative to put forward motivated young people for a public tender. How would I have reacted in their place? As a Catholic, I very much appreciated the exchanges I had, especially with Gabi, an evangelist from the Roma community, and Kader, a practicing Muslim. This reinforced one of my deep convictions: with respect, religions can coexist.

    To help the charity run smoothly, our support was divided between maintenance and meals. All supermarkets are now obliged to give their expiring products to charities to avoid waste. So, every week, we went to collect the unsold items at the nearby Carrefour: the products collected were always a surprise, followed by a lot of sorting and, of course, meal preparation. 100% of Massabielle’s food is thus provided by donations from Carrefour! So, thank you Carrefour! 🙂

    The service for the district took place in the afternoon, with a time slot dedicated to work for the inhabitants or the community, then a time slot with the young people: activities, academic support and finally a moment of discussion with the inhabitants, in their homes. For the renovation work, I was in charge of a project to open two classrooms for 8th and 9th grade, a chemistry laboratory and a library at the Ozanam center. A few years ago, Massabielle transformed an old mansion that had become a squat and a place of prostitution into an independent middle school for young people from the district. So, with about fifteen volunteers, we rolled up our sleeves: sanding, painting, laying baseboards, installing boards and shelves, fitting out, etc., so that the rooms would be ready for the start of the school year. The place is awesome! This is where Saïd’s children go to school (next episode :-)).

    #The borders of the city                                                                                                                     

    When we first arrived in the “Lauriers” district, we had the impression of crossing an imaginary border, as if we were entering another country. Except to go to work, the inhabitants rarely leave the district, and outsiders have no particular reason to go there. This is what feeds our prejudices! After a few days there, we discovered two striking aspects: precariousness and a sense of welcome.

    I had read that over a third of the district’s residents live in poverty. This precariousness is even more striking once you are there. We entered these big, run-down apartment blocks. The stairwells, with their dilapidated walls, are covered in tags, giving a feeling of insecurity. We were no longer surprised by the cockroaches in the charity’s bedrooms and kitchen, or by the rats running around everywhere, certainly more numerous than the inhabitants of the “Lauriers” district…

    On the other hand, we found a warm sense of welcome that is rare in France. During our visits, we sometimes rang doorbells at random to introduce ourselves and suggest a chat. All the families opened the door with a smile and some even invited us in for tea. We will not forget Yollande, known as “Tata Yoyo”, from the Comoros, who introduced us to her specialty: coconut punch; nor “Tata Doudou”, who simply told us the story of her life, which began when her mother abandoned her in a shoebox. With a lot of humor, she offered to come shopping with us at Carrefour. Thanks to her disability card, she has a VIP pass including a dedicated parking space, a priority checkout and even the possibility of smoking in front of the store! 🙂 Nor Romain’s mother, who explained in detail how her son’s teacher managed not to let motivated students down during Covid.

    # Drug trafficking and violence

    Drug trafficking and violence are part of the daily life of the district’s inhabitants. Police rarely go there except for raids. Just 2-3 years ago, there was only one entrance to the district, and the grip of the drug network was such that even an EDF (electricity) agent was not allowed in without showing credentials. Some time ago, during a visit, a volunteer knocked on the wrong door and was greeted by one of the network’s leaders, who had a military-grade weapon hanging in his living room. Another time, during a police raid, two young people escaped through the charity with their Kalashnikovs.

    The drug network is hierarchical, with, at the bottom of the ladder, the lookouts, then the sellers, the carriers of drugs and weapons, those who transfer the money and finally the middle managers… The heads of the network are, not surprisingly, white-collar graduates of elite schools who never set foot in the districts! The drugs are hidden in the homes of “nannies” or families who, willingly or under pressure, store them in their apartments before they are sold in the stairwells. The prices and opening hours of these “stores” are sometimes even clearly displayed. 🙂 When visiting people, we therefore took the elevator rather than the stairs. Other than saying “hello” to the lookouts, we followed the golden rule: “mind your own business”. 🙂

    This violence already affects some children. A few weeks ago, a young boy was knocked down by a girl: a humiliation. Two groups then arranged to fight each other with stones. Fortunately, the Massabielle leaders who knew them were able to talk them out of it in time. According to Nathan, the head of the charity, although violence is still very present, the districts have really calmed down in recent years. However, it would only take a spark to rekindle it.

    # School dropout

    Next to the “Lauriers” district, there are two high schools with teachers who do their best, but where you would surely not send your children. From our discussions, dropping out of school often happens when young people think they are useless. For example, when a student doesn’t understand a chapter in class and is told once, ten times… that he is good for nothing, he ends up believing it and gives up. I have been told about young people who, at the age of 10, already look after their younger brothers and sisters because their parents start work very early or finish very late at night. They often have long commutes if they work outside the district. Kabal’s father tried everything to prevent his son from falling into trafficking: he tried to reason with him. Out of desperation, he ended up using force. A judge told him that if he did it again, he would end up in jail. Since then, his father has given up…

    At the same time, there is the influence of the “big brothers” who approach young teenagers from 12-13 years old with proposals such as: “Here’s €20, can you buy me a bottle of Coke? You can keep the change” or “Could you replace me at my lookout post for a few hours tomorrow?”. This is where it all begins… Paid between €300 and €500 per week to keep watch, these minors feel on top of the world, and it is then difficult to get them back to school. From the age of 14, some of these young people already think that they have no future and nothing left to lose. Unfortunately, they are often the ones given the dirty work: getting rid of evidence, settling scores, shootings… In 2015, three young people aged 15, 18 and 23 murdered other young people in the “Lauriers” district… Fortunately, effective levers exist to prevent school dropout (next episode :-)).

    #OneDayOneMeeting

    One Thursday evening, we went out to meet the inhabitants of the “Lauriers” district. One of the best spots is between the skatepark and the pétanque court. 🙂 There, we met Kathy Taleb, one of the oldest residents of the district, of Moroccan origin, who has lived there for 43 years. As she needed help cutting some tiles for her kitchen, we went with Matthieu to give her a hand. Between two cuts and a homemade banana milkshake, Kathy told us about her struggles, in particular to find work. Before finding a boss who gave her a chance, she had faced many rejections because of her last name, which, people said, was “too Arabic”. Aware that she had not studied for long, the best gift she wanted to pass on to her children was her values: family, respect for others and for work. For Kathy, “doing is how you gain credibility. Sometimes making mistakes is good for learning and getting better.”

    Have a nice day everyone,

    Marine, Claire, Matthieu & Romain

  • In the heart of the northern districts of Marseille with Massabielle [Newsletter 1 France]

    In the heart of the northern districts of Marseille with Massabielle [Newsletter 1 France]

    Salut à tous,

    English version below 🙂

    Comment allez-vous ?

    Certains se sont peut-être habitués à des nouvelles au fil de l’eau, mais cette année, l’aventure a été très intense et ne m’a laissé que peu de temps pour rédiger ces quelques lignes : 7 h 30 – 23 h 30 non-stop, 6,5 jours sur 7 ! 🙂 Nous devions initialement partir pour une mission de mesure d’impact dans les favelas de São Paulo, qui a été remplacée par une aventure en plein cœur des quartiers Nord de Marseille. Cette aventure a été particulièrement marquante, car il ne s’agissait pas d’entrer dans le quotidien de familles habitant à l’autre bout du monde, mais dans celui de Françaises et de Français qui vivent un quotidien vraiment très différent de celui que je vis dans ma petite bulle parisienne.

    Pause Café Marine, Matthieu et Romain Sion
    Dernier petit café avant le début de l’aventure 🙂 

    #L’association Massabielle

    Avec trois de mes frères et sœurs, nous nous sommes mis au service d’une association exceptionnelle appelée Massabielle. Installée en plein cœur des quartiers Nord, dans le XIIIe arrondissement, elle partage le quotidien de chaque habitant du quartier et accueille tous ceux qui passent la porte. C’est un lieu de paix avec une présence chrétienne. Pour mettre et maintenir debout un jeune dans une cité cernée par la violence et la drogue, il faut plus que du soutien scolaire et des projets de réinsertion : il faut beaucoup de respect, d’écoute et de bienveillance. C’est une mission que Massabielle remplit avec succès depuis une vingtaine d’années dans la dizaine de cités aux alentours des Lauriers. Une asso chrétienne dans un quartier à 80 % musulman… Comment cela peut-il fonctionner ? Réponse dans le prochain numéro 🙂

    Massabielle Maison bernadette Marseile
    Maison Bernadette Massabielle devant cité les Lauriers
    Association Massabielle en bas à gauche – au pied de la cité des lauriers

    #La cité des lauriers

    Logés à l’association, nous étions situés au pied de l’une des 18 cités, appelée les Lauriers : une barre d’immeubles de 14 étages dans laquelle habitent un peu plus de 1 800 personnes. Cette cité a été construite après-guerre afin de loger « temporairement » les immigrés venus aider à la reconstruction de la France. La plupart de ces constructions sont aujourd’hui vétustes et insalubres à l’intérieur. Avec l’extrême droite à la tête de la mairie de secteur jusqu’en 2020, les budgets alloués aux projets de rénovation ont été, sans surprise… assez maigres. 🙂

    D’après Kathy, une doyenne de la cité rencontrée au skatepark, la vie était paisible les premières années, avant que le trafic de drogue et la violence n’arrivent. À ce moment-là, toutes les familles qui en avaient les moyens sont parties. Aujourd’hui, la grande majorité des habitants n’ont pas les moyens d’aller vivre ailleurs. 40 % des habitants des Lauriers sont actuellement au chômage. La plupart cherchent à s’en sortir (cela passe notamment par les femmes, j’y reviendrai plus tard :-)), mais les obstacles sont nombreux.

    Cité les Lauriers Marseille
    Vue chambre maison Bernadette Massabielle
    Petit aperçu de la chambre avec le frérot – un conseil: dormir avec la fenêtre fermée sinon concert de drift et de moto cross assuré 🙂

    #Notre arrivée et la fin des clichés

    Je ne vous recommande pas de faire une recherche Google sur la cité des Lauriers, car malheureusement les médias aiment le sensationnel plutôt que de parler de ce qui est positif. 100 % des articles publiés font référence à des mots-clés comme fusillades, incendie, règlement de comptes… C’est une réalité, certes, mais cela ne représente qu’une petite partie de la vie de la cité.

    Comme j’étais l’un des plus âgés des volontaires, Nathan, le responsable de l’association, m’a tout de suite fait comprendre qu’il me confierait des responsabilités. 🙂 Quelques heures après notre arrivée, nous voilà partis en voiture en direction de Brico Dépôt afin de préparer le chantier que j’allais animer. Au moment de sortir du parking (en sens inverse, mais c’était normal :-)), une grosse Audi Q4 blanche se met en travers de notre chemin et nous fait signe de reculer. Le conducteur, habillé comme dans les films de gangsters, finit par mettre les gaz et faire un tour de parking à toute allure avant de s’arrêter devant nous. C’est là qu’il nous a gentiment salués avec un grand sourire avant de repartir. C’était surréaliste ! Une fois les salutations terminées, on a fini par m’expliquer que c’était la voiture utilisée pour les go-fast du quartier. Ce jeune, Nathan le connaissait bien. C’était un sportif avec du potentiel qui avait malheureusement décroché à l’école avant de commencer comme guetteur pour le « trafic ». Mon frère a vécu une expérience similaire en raccompagnant une grand-mère en fauteuil roulant électrique. La grand-mère a malencontreusement « dégommé » la chaise du guetteur du bloc G, sur laquelle était posée de la drogue. Mon frère, perplexe, s’est excusé et le guetteur lui a répondu d’un air amusé : « T’inquiète, c’est pas grave ! ». Le soir même, on s’est rendu compte que nos clichés allaient voler en éclats et que l’on allait vivre une aventure loin des préjugés gravés par les images véhiculées dans les médias…

    Audi Q4

    #UnJourUneRencontre

    Durant cette aventure, je me suis lié d’amitié avec Kader, un grand-père d’origine algérienne. Très gentil, il venait tous les jours à l’association nous proposer le thé avec ses traditionnelles madeleines. Grand fan du Real Madrid, il avait toutes les chaînes de foot possibles et imaginables. Lors du match Real Madrid – Manchester City, il nous a invités chez lui pour voir le match ensemble. Pendant le match, un volontaire lui a demandé si cela lui posait problème que l’on soit tous catholiques alors qu’il était de confession musulmane. Sa réponse m’a marqué : très simplement, il nous a répondu que ce n’en était absolument pas un. Tant qu’il y a du respect, les religions peuvent cohabiter. Cela s’est vérifié tout au long de cette aventure. Quelques minutes plus tard, il s’était d’ailleurs éclipsé pour faire sa prière, avant de revenir avec une surprise : des glaces ! 🙂

    Invitation Match de Foot Kader
    Super soirée chez Kader pour le match

    Belle soirée à tous,

    Marine, Claire, Matthieu & Romain

    ——–

    Hi all,

    How are you?

    Some of you may have gotten used to regular updates, but this year the adventure was very intense and left me little time to write these few lines: 7:30 am – 11:30 pm non-stop, 6.5 days out of 7! 🙂 We were initially supposed to leave for an impact measurement mission in the favelas of São Paulo, which was replaced by an adventure in the heart of the northern districts of Marseille. This adventure was particularly striking because it was not about entering the daily lives of families living on the other side of the world, but those of French people whose daily lives are very different from mine in my little Parisian bubble.

    # The Massabielle association

    With three of my brothers and sisters, we volunteered for an exceptional charity called Massabielle. Based in the heart of the northern districts of Marseille, it shares the daily lives of the inhabitants of the different housing blocks and welcomes everyone who walks through the door. It is a place of peace with a Christian presence. To help a young person get back on their feet in a housing project surrounded by violence and drugs, it takes more than tutoring and reintegration projects: it takes a lot of respect, listening and kindness. This is a mission that Massabielle has successfully carried out for the past twenty years in the dozen housing blocks around the one called “Les Lauriers”. A Christian charity in an 80% Muslim neighborhood… How can this work? Answer in the next newsletter. 🙂

    #The building « les lauriers »

    Staying at the charity, we lived at the foot of one of the 18 housing blocks, called “Les Lauriers”: a 14-story building where just over 1,800 people live. It was built after the war to “temporarily” house the immigrants who came to help rebuild France. Most of these buildings are now run-down and unsanitary inside. With the far right running the district town hall until 2020, the budgets allocated to renovation projects were, unsurprisingly… quite meager. 🙂 According to Kathy, one of the oldest residents, whom we met at the skatepark, life was peaceful in the early years, before drug trafficking and violence arrived. At that time, all the families who could afford it left. Today, the vast majority of residents cannot afford to move elsewhere. 40% of Les Lauriers residents are currently unemployed. Most of the inhabitants are fighting to get out (especially the women; I will come back to this later :-)), but the obstacles are numerous.

    #Our arrival and the end of the clichés

    I do not recommend doing a Google search on Les Lauriers, because unfortunately the media love sensational news and rarely mention positive initiatives. 100% of the published articles refer to keywords such as shootings, fire, settling of scores… It is a reality, but it only represents a small part of daily life around this housing block.

    As I was one of the oldest volunteers, Nathan, the head of the charity, immediately made it clear that he would give me responsibilities. 🙂 A few hours after our arrival, we drove to Brico Dépôt to prepare the renovation work I was going to lead. As we came out of the parking lot (the wrong way, but that was normal :-)), a big white Audi Q4 blocked our way and signaled us to back up. The driver, dressed like a gangster in the movies, ended up hitting the gas, speeding around the parking lot before stopping in front of us. He then greeted us kindly with a big smile before leaving. It was surreal! Afterwards, someone explained to me that this was the car used for the neighborhood’s go-fast drug runs. Nathan knew the young man well. He was an athlete with potential who had unfortunately dropped out of school before starting as a lookout for the “trade”. My brother had a similar experience while walking a grandmother in an electric wheelchair home. The grandmother accidentally knocked over the chair of the G-block lookout, on which drugs had been placed. My puzzled brother apologized and the lookout replied, amused: “Don’t worry, it’s okay!”. That evening, we realized that our clichés would quickly shatter and that we were going to live an adventure far from the prejudices shaped by the images conveyed in the media…

    #OneDayOneMeeting

    During this adventure, I befriended Kader, a grandfather of Algerian origin. Very kind, he came to the charity every day to offer us tea with his traditional madeleines. A big fan of Real Madrid, he had every football channel you could imagine. For the Real Madrid vs. Manchester City match, he invited us to his flat to watch the game together. During the match, a volunteer asked him if it was a problem for him that we were all Catholics, given that he was Muslim. His answer struck me: very simply, he told us that it was absolutely not a problem. As long as there is respect, religions can live together. This proved true throughout the adventure. A few minutes later, he slipped away to pray before coming back with a surprise: ice cream! 🙂

    Have a great evening,

    Marine, Claire, Matthieu & Romain