Salut à tous,
English version below 🙂
Comment allez-vous ?
Certains se sont peut-être habitués à des nouvelles au fil de l’eau, mais cette année, l’aventure a été très intense et ne m’a laissé que peu de temps pour rédiger ces quelques lignes : 7 h 30 – 23 h 30 non-stop, 6,5 jours sur 7 ! 🙂 Nous devions initialement partir pour une mission de mesure d’impact dans les favelas de São Paulo, qui a été remplacée par une aventure en plein cœur des quartiers Nord de Marseille. Cette aventure a été particulièrement marquante, car il ne s’agissait pas d’entrer dans le quotidien de familles habitant à l’autre bout du monde, mais dans celui de Françaises et de Français qui vivent un quotidien vraiment très différent de celui que je vis dans ma petite bulle parisienne.

#L’association Massabielle
Avec trois de mes frères et sœurs, nous nous sommes mis au service d’une association exceptionnelle appelée Massabielle. Installée en plein cœur des quartiers Nord, dans le XIIIe arrondissement, elle partage le quotidien de chaque habitant du quartier et accueille tous ceux qui passent la porte. C’est un lieu de paix avec une présence chrétienne. Pour mettre et maintenir debout un jeune dans une cité cernée par la violence et la drogue, il faut plus que du soutien scolaire et des projets de réinsertion : il faut beaucoup de respect, d’écoute et de bienveillance. C’est une mission que Massabielle remplit avec succès depuis une vingtaine d’années dans la dizaine de cités aux alentours des Lauriers. Une asso chrétienne dans un quartier à 80 % musulman… Comment cela peut-il fonctionner ? Réponse dans le prochain numéro 🙂


#La cité des lauriers
Logés à l’association, nous étions situés au pied de l’une des 18 cités, appelée les Lauriers : une barre d’immeubles de 14 étages dans laquelle habitent un peu plus de 1 800 personnes. Cette cité a été construite après-guerre afin de loger « temporairement » les immigrés venus aider à la reconstruction de la France. La plupart de ces constructions sont aujourd’hui vétustes et insalubres à l’intérieur. Avec l’extrême droite à la tête de la mairie de secteur jusqu’en 2020, les budgets alloués aux projets de rénovation ont été, sans surprise… assez maigres. 🙂
D’après Kathy, une doyenne de la cité rencontrée au skatepark, la vie était paisible les premières années, avant que le trafic de drogue et la violence n’arrivent. À ce moment-là, toutes les familles qui en avaient les moyens sont parties. Aujourd’hui, la grande majorité des habitants n’ont pas les moyens d’aller vivre ailleurs. 40 % des habitants des Lauriers sont actuellement au chômage. La plupart cherchent à s’en sortir (cela passe notamment par les femmes, j’y reviendrai plus tard :-)), mais les obstacles sont nombreux.


#Notre arrivée et la fin des clichés
Je ne vous recommande pas de faire une recherche Google sur la cité des Lauriers, car malheureusement les médias aiment le sensationnel plutôt que de parler de ce qui est positif. 100 % des articles publiés font référence à des mots-clés comme fusillades, incendie, règlement de comptes… C’est une réalité, certes, mais cela ne représente qu’une petite partie de la vie de la cité.
Comme j’étais l’un des plus âgés des volontaires, Nathan, le responsable de l’association, m’a tout de suite fait comprendre qu’il me confierait des responsabilités. 🙂 Quelques heures après notre arrivée, nous voilà partis en voiture en direction de Brico Dépôt afin de préparer le chantier que j’allais animer. Au moment de sortir du parking (en sens inverse, mais c’était normal :-)), une grosse Audi Q4 blanche se met en travers de notre chemin et nous fait signe de reculer. Le conducteur, habillé comme dans les films de gangsters, finit par mettre les gaz et faire un tour de parking à toute allure avant de s’arrêter devant nous. C’est là qu’il nous a gentiment salués avec un grand sourire avant de repartir. C’était surréaliste ! Une fois les salutations terminées, on a fini par m’expliquer que c’était la voiture utilisée pour les go-fast du quartier. Ce jeune, Nathan le connaissait bien. C’était un sportif avec du potentiel qui avait malheureusement décroché à l’école avant de commencer comme guetteur pour le « trafic ». Mon frère a vécu une expérience similaire en raccompagnant une grand-mère en fauteuil roulant électrique. La grand-mère a malencontreusement « dégommé » la chaise du guetteur du bloc G, sur laquelle était posée de la drogue. Mon frère, perplexe, s’est excusé et le guetteur lui a répondu d’un air amusé : « T’inquiète, c’est pas grave ! ». Le soir même, on s’est rendu compte que nos clichés allaient voler en éclats et que l’on allait vivre une aventure loin des préjugés gravés par les images véhiculées dans les médias…

#UnJourUneRencontre
Durant cette aventure, je me suis lié d’amitié avec Kader, un grand-père d’origine algérienne. Très gentil, il venait tous les jours à l’association nous proposer le thé avec ses traditionnelles madeleines. Grand fan du Real Madrid, il avait toutes les chaînes de foot possibles et imaginables. Lors du match Real Madrid – Manchester City, il nous a invités chez lui pour voir le match ensemble. Pendant le match, un volontaire lui a demandé si cela lui posait problème que l’on soit tous catholiques alors qu’il était de confession musulmane. Sa réponse m’a marqué : très simplement, il nous a répondu que ce n’en était absolument pas un. Tant qu’il y a du respect, les religions peuvent cohabiter. Cela s’est vérifié tout au long de cette aventure. Quelques minutes plus tard, il s’était d’ailleurs éclipsé pour faire sa prière, avant de revenir avec une surprise : des glaces ! 🙂

Belle soirée à tous,
Marine, Claire, Matthieu & Romain
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Hi all,
How are you?
Some of you may have gotten used to regular updates, but this year the adventure was very intense and left me little time to write these few lines: 7:30 am – 11:30 pm non-stop, 6.5 days out of 7! 🙂 We were initially supposed to leave for an impact measurement mission in the favelas of São Paulo, which was replaced by an adventure in the heart of the northern districts of Marseille. This adventure was particularly striking because it was not about entering the daily lives of families living on the other side of the world, but those of French people whose daily lives are very different from mine in my little Parisian bubble.
# The Massabielle association
With three of my brothers and sisters, we volunteered for an exceptional charity called Massabielle. Based in the heart of the northern districts of Marseille, it shares the daily lives of the inhabitants of the different housing blocks and welcomes everyone who walks through the door. It is a place of peace with a Christian presence. To help a young person get back on their feet in a housing project surrounded by violence and drugs, it takes more than tutoring and reintegration projects: it takes a lot of respect, listening and kindness. This is a mission that Massabielle has successfully carried out for the past twenty years in the dozen housing blocks around the one called “Les Lauriers”. A Christian charity in an 80% Muslim neighborhood… How can this work? Answer in the next newsletter. 🙂
#The building « les lauriers »
Staying at the charity, we lived at the foot of one of the 18 housing blocks, called “Les Lauriers”: a 14-story building where just over 1,800 people live. It was built after the war to “temporarily” house the immigrants who came to help rebuild France. Most of these buildings are now run-down and unsanitary inside. With the far right running the district town hall until 2020, the budgets allocated to renovation projects were, unsurprisingly… quite meager. 🙂 According to Kathy, one of the oldest residents, whom we met at the skatepark, life was peaceful in the early years, before drug trafficking and violence arrived. At that time, all the families who could afford it left. Today, the vast majority of residents cannot afford to move elsewhere. 40% of Les Lauriers residents are currently unemployed. Most of the inhabitants are fighting to get out (especially the women; I will come back to this later :-)), but the obstacles are numerous.
#Our arrival and the end of the clichés
I do not recommend doing a Google search on Les Lauriers, because unfortunately the media love sensational news and rarely mention positive initiatives. 100% of the published articles refer to keywords such as shootings, fire, settling of scores… It is a reality, but it only represents a small part of daily life around this housing block.
As I was one of the oldest volunteers, Nathan, the head of the charity, immediately made it clear that he would give me responsibilities. 🙂 A few hours after our arrival, we drove to Brico Dépôt to prepare the renovation work I was going to lead. As we came out of the parking lot (the wrong way, but that was normal :-)), a big white Audi Q4 blocked our way and signaled us to back up. The driver, dressed like a gangster in the movies, ended up hitting the gas, speeding around the parking lot before stopping in front of us. He then greeted us kindly with a big smile before leaving. It was surreal! Afterwards, someone explained to me that this was the car used for the neighborhood’s go-fast drug runs. Nathan knew the young man well. He was an athlete with potential who had unfortunately dropped out of school before starting as a lookout for the “trade”. My brother had a similar experience while walking a grandmother in an electric wheelchair home. The grandmother accidentally knocked over the chair of the G-block lookout, on which drugs had been placed. My puzzled brother apologized and the lookout replied, amused: “Don’t worry, it’s okay!”. That evening, we realized that our clichés would quickly shatter and that we were going to live an adventure far from the prejudices shaped by the images conveyed in the media…
#OneDayOneMeeting
During this adventure, I befriended Kader, a grandfather of Algerian origin. Very kind, he came to the charity every day to offer us tea with his traditional madeleines. A big fan of Real Madrid, he had every football channel you could imagine. For the Real Madrid vs. Manchester City match, he invited us to his flat to watch the game together. During the match, a volunteer asked him if it was a problem for him that we were all Catholics, given that he was Muslim. His answer struck me: very simply, he told us that it was absolutely not a problem. As long as there is respect, religions can live together. This proved true throughout the adventure. A few minutes later, he slipped away to pray before coming back with a surprise: ice cream! 🙂
Have a great evening,
Marine, Claire, Matthieu & Romain