Codi Tech, catalyseur d’innovation sociale, d’inclusion et d’emploi [Newsletter 2 Liban]

Bonjour à tous,

J’espère que vous avez passé une excellente semaine !

J’ai commencé ma mission lundi dernier auprès de l’ONG Codi Tech. Hortense, la fondatrice de l’organisation, m’avait donné rendez-vous à 8 h 45 précises pour aller ensemble à Codi.

Je connais Hortense depuis plusieurs années, et elle fait partie de ces entrepreneures sociales qui m’inspirent. Après quatre ans chez BCG, elle aurait pu choisir une carrière prestigieuse. Mais après une étude de marché approfondie, elle a décidé de mettre son réseau et ses compétences au service du lancement d’une ONG au Liban. Codi Tech est une initiative innovante qui associe un bootcamp de programmation et un parcours de leadership. Sur six mois, un programme de formation intensif et gratuit permet aux étudiants de devenir développeurs web full stack (front-end et back-end) ou chefs de projet digital. L’objectif de l’ONG : utiliser le code comme catalyseur d’innovation sociale, d’inclusion et d’emploi.

À mon arrivée chez Codi

J’ai été immédiatement plongé dans l’action en assistant à une présentation de projets d’équipe. Les étudiants devaient développer un site e-commerce pour un client qu’ils avaient eux-mêmes démarché. Confrontés très vite au marché, certains ont présenté une plateforme d’achat de sneakers en édition limitée, un site e-commerce dans la mode, ou encore un site de revente de voitures.

Ce qui m’a particulièrement frappé : l’usage exclusif de l’anglais ! Même si certains étudiants avaient un niveau basique il y a quelques mois, Codi Tech a réussi à les faire progresser rapidement pour qu’ils puissent aussi accéder à des opportunités internationales. Deuxième point marquant : la culture du feedback. Après chaque présentation, mentors et étudiants échangent des retours constructifs pour améliorer leurs compétences et leur travail d’équipe.

Mes deux objectifs chez Codi :

Avec Hortense et Joseph, le directeur du programme, nous avons rapidement défini le périmètre de ma mission, avec deux objectifs principaux :

Objectif 1 : organiser des ateliers d’entrepreneuriat à Beyrouth et à Tripoli. Face au vif intérêt des étudiants pour la création d’entreprise, nous avons réfléchi ensemble à un format d’atelier. Avant même le début de l’atelier, j’ai été bombardé de questions passionnantes d’étudiants sur leurs projets : un étudiant coach sportif qui veut lancer un site e-commerce spécialisé dans le sport, ou un autre qui développe une EdTech avec une application iOS qui encourage la lecture grâce à une expérience immersive…

Objectif 2 : élaborer un business plan sur 2-3 ans. Il s’agit d’accompagner Hortense et Joseph dans leur réflexion stratégique pour diversifier leurs sources de revenus, afin qu’ils ne dépendent plus exclusivement des dons, parfois imprévisibles. Nous le concrétiserons dans un business plan sur 2-3 ans, un projet extrêmement stimulant et très proche de mon rôle d’investisseur chez Blisce.

Le Liban traverse actuellement une crise économique et sociale sans précédent.

Les conséquences sont dévastatrices pour la population, notamment avec un taux de change en chute libre : de 1 500 livres libanaises pour un dollar avant la crise bancaire à 100 000 livres dans les bureaux de change informels. Cette dévaluation massive de la monnaie nationale a entraîné une inflation galopante, qui appauvrit considérablement les Libanais. Selon l’ONU, 80 % de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté, dont 40 % en situation d’extrême pauvreté.

La crise a été provoquée par des pratiques financières frauduleuses impliquant les élites économiques et politiques du pays. En effet, la plupart des banques nationales (18 sur 20) ont des actionnaires liés à la classe politique, et 43 % des actifs financiers du pays leur appartiennent. Pendant des années, la dette publique a été financée par des taux d’intérêt artificiellement élevés, créant un « système de Ponzi » où l’argent public a servi à enrichir les élites au détriment des services sociaux et de santé. En 2019, cette bulle financière a éclaté quand les banques n’ont pas pu rembourser leur dette. Face au défaut de paiement, les banques ont pris des mesures drastiques, comme plafonner les retraits bancaires à 100 $ par semaine ou interdire les virements à l’étranger. En plus de l’inflation, les gens ne peuvent même pas retirer l’argent déposé à la banque. La crise a provoqué une profonde méfiance envers le système bancaire et la classe dirigeante. À l’hôtel, la réceptionniste m’a expliqué que tout est fait pour contourner les banques, même les salaires sont payés en liquide.

Les temples de Baalbek

Peter et Zineb, deux mentors de Codi, m’ont proposé une excursion à Baalbek. C’est là que se trouve notamment le temple de Bacchus, l’un des temples gréco-romains les mieux conservés au monde. Je n’ai pas hésité longtemps avant d’accepter.

Sur la route, j’ai remarqué beaucoup de panneaux de propagande. Je me suis demandé pourquoi… Ils m’ont expliqué que nous entrions sur le territoire du Hezbollah, une organisation politico-militaire chiite. C’est presque un État dans l’État. Après le checkpoint, la police et l’armée régulières n’osent pas entrer, sauf autorisation du Hezbollah.

En 3000 av. J.-C., Baalbek était une cité phénicienne florissante où l’on célébrait le culte de Baal, une divinité orientale associée à la foudre et aux pluies bénéfiques. Le lieu est magnifique, chaque pierre est finement sculptée.

Zineb, qui connaît bien la région, nous a ensuite emmenés au souk goûter la spécialité locale : les sfihas. Ce sont de petits chaussons de pâte garnis de viande, que l’on commande en grande quantité pour les repas de famille. Pour la négociation des prix, j’ai vite compris qu’il valait mieux que je m’efface un peu, mon allure de touriste n’aidant pas.

Encore une excellente journée ! Belle semaine à tous.

Romain