Bonjour à tous,
Nous voilà déjà presque au terme de cette nouvelle aventure passionnante avec Codi Tech. Une chose est sûre : j’ai bien l’intention de revenir au Liban. Avant de prendre mon avion demain matin, voici quelques nouvelles fraîches !
Voici les principales réalisations de ma mission :
1. Deux ateliers d’entrepreneuriat à Beyrouth et à Tripoli : j’ai pu échanger avec 80 passionnés de technologie qui seront bientôt diplômés développeurs Full Stack. Pendant ces ateliers, nous avons abordé des sujets essentiels : les différentes étapes de croissance d’une startup, les éléments clés d’un pitch deck convaincant et les questions cruciales à se poser avant de lancer une levée de fonds.

2. Cinq sessions individuelles sur des projets entrepreneuriaux : ce qui m’a particulièrement frappé, c’est la capacité des étudiants à repérer des opportunités de marché prometteuses. Nous avons échangé sur des projets comme une plateforme de santé mentale inspirée de l’application Headspace, une plateforme de freelances qui met en relation des talents libanais avec des entreprises internationales, et une plateforme EdTech pour promouvoir l’apprentissage des mathématiques et de la biologie au Liban.
3. Business plan 2023-2024 : avec l’équipe de direction de Codi, nous avons travaillé sur un business plan pour simuler différents scénarios autour de l’évolution de Codi vers un modèle hybride entre ONG et entreprise sociale. En générant des revenus grâce à certaines activités du Bootcamp, Codi pourra réduire à long terme sa dépendance à des dons fléchés et imprévisibles, tout en multipliant son impact social.
4. Rédaction d’un rapport d’observation : en tant que bénévole externe au sein de l’organisation, j’ai pu échanger facilement avec toutes les parties prenantes de Codi pour identifier des pistes d’amélioration. J’ai été impressionné par la transparence et l’abondance des idées proposées par les équipes pour améliorer les processus de sélection des candidats, enrichir le contenu pédagogique et renforcer la participation de la communauté des anciens.
Impact et business, une combinaison puissante !
Après avoir travaillé avec 9 ONG exceptionnelles, j’ai observé certaines limites d’un modèle fondé uniquement sur les dons et les subventions.
• Les dons et subventions sont souvent ponctuels ou limités dans le temps, ce qui rend difficile l’établissement d’une stratégie à long terme.
• Ces sources de financement sont souvent fléchées vers des projets précis : l’ONG ne peut donc pas les allouer librement. Il est rare de trouver des financeurs intéressés par la prise en charge des frais de structure, des logiciels, de la formation du personnel ou du management, ce qui limite le développement de l’ONG.
• Par ailleurs, certains financeurs ou entreprises peuvent privilégier l’affichage de chiffres d’impact élevés, au détriment de la qualité des actions menées. Par exemple, dans l’éducation, certains financeurs préfèrent financer 300 $ par élève pour 30 heures de formation à 100 élèves, plutôt que 2 000 $ par élève pour 200 heures de formation à 30 élèves, alors que cette seconde option est nécessaire pour offrir une éducation de qualité.
Pourtant, après avoir consacré du temps à la modélisation financière d’une organisation fondée sur un modèle hybride entre ONG et entreprise sociale, avec 100 % des revenus réinvestis dans l’ONG, une perspective passionnante se dessine. Ce modèle a le potentiel de permettre à de nombreuses ONG de passer à l’échelle et de remplir leur mission de façon plus efficace et plus durable.

Dans le cas de Codi, je suis convaincu que cette approche pourrait ouvrir de nouvelles perspectives et permettre des développements vraiment passionnants ! Par exemple, pourquoi ne pas envisager d’ouvrir un espace de coworking pour des personnes extérieures en dehors des heures de cours ? Pourquoi ne pas créer des programmes de formation spécifiques pour les entreprises à la recherche de développeurs talentueux ?
Plus enthousiasmant encore : la réflexion de Codi n’est pas un cas isolé. De nombreuses autres ONG envisagent aussi de mettre en place ce type de modèle hybride. Cela reflète un changement de paradigme dans le secteur associatif, où l’innovation et la pérennité financière sont de plus en plus prises en compte. En adoptant cette approche, les ONG pourraient diversifier leurs sources de financement et élargir considérablement leur impact.
Cette évolution m’inspire et j’ai hâte de voir comment Codi et d’autres ONG continueront de repousser les limites et de créer des opportunités passionnantes pour transformer des vies et contribuer à la société.
Ahmad et Rifaat : deux profils d’étudiants chez Codi.

Au début, Codi accueillait surtout des étudiants réfugiés, notamment syriens. J’ai eu l’occasion de rencontrer Ahmad, un jeune Syrien dont je suis devenu ami. Il s’asseyait souvent sur le canapé à côté de mon bureau, ce qui nous permettait de discuter régulièrement.
Né en Syrie, Ahmad a dû fuir son pays à cause de la guerre. Aujourd’hui, il est bloqué au Liban à cause du service militaire obligatoire. Les jeunes de moins de 40 ans sont tenus de servir, parfois pour une durée indéterminée (le cousin d’Ahmad a servi 7 ans). Malgré ces difficultés, Ahmad est plein de détermination. Je n’ai jamais rencontré un étudiant ayant candidaté dans autant d’universités pour poursuivre ses études. Malheureusement, il s’est à chaque fois heurté au même problème : le refus de sa demande de visa. Le dernier jour à Codi, il m’a présenté Basel, ingénieur logiciel senior égyptien de passage à Beyrouth, qu’il venait de rencontrer à la mosquée. Une chose est sûre, Ahmad sait se créer des opportunités ! Codi est le tremplin dont il avait besoin !

En ces temps de crise profonde, Codi a connu une évolution notable du profil de ses étudiants. Au fil des ans, de plus en plus de Libanais candidatent au programme de Codi, à la recherche d’opportunités face aux difficultés économiques et aux conséquences de la situation actuelle. Parmi eux, Rifaat est un exemple frappant. Originaire de Baalbek, il avait obtenu une place en master dans une école d’ingénieurs en France. Après ses études, il avait décroché un emploi dans une entreprise française. Malheureusement, à cause de la pandémie de Covid-19, son entreprise a dû supprimer des postes et, à cause de son visa, il a été contraint de rentrer au Liban.
Après avoir envoyé des centaines de candidatures sans réponse, Rifaat a décidé de changer de métier et de devenir développeur full stack grâce à Codi. Son projet actuel : créer une plateforme de freelances spécialisée dans les métiers de l’informatique, qui mette en avant les talents libanais. Il a été très accueillant et m’a même emmené visiter différents quartiers de Beyrouth avant d’aller boire une bière au bord de la mer. Nous comptons rester en contact.
Après deux semaines, pour moi, le Liban c’est :

Un sens de l’hospitalité remarquable : j’ai été incroyablement bien accueilli. Chaque week-end, et certains soirs de semaine, un membre de l’équipe, un mentor ou un étudiant me proposait de découvrir une ville ou un restaurant typique pour me faire connaître la culture libanaise. Par exemple, Joseph m’a emmené me promener à Byblos avec sa femme Joy et leur fils Karim. Cette ville, fondée en 5000 av. J.-C., est exceptionnellement bien conservée. Nous avons flâné dans le souk historique, où nous avons essayé l’un des restaurants typiques.
Quand il y a un problème, les Libanais trouvent des solutions : par exemple, face aux pénuries d’électricité, beaucoup de Libanais se sont tournés vers l’énergie solaire. C’est la première fois que je vois autant de panneaux solaires au kilomètre carré, alors qu’il y a 3 ou 4 ans ils étaient pratiquement inexistants. Je suis curieux de savoir combien de Libanais de la diaspora ont lancé des initiatives similaires en Europe, au Brésil, ou même aux États-Unis, car trouver des solutions, c’est la définition même de l’entrepreneuriat.
Cette année encore, ce fut un vrai privilège de passer du temps avec une ONG exceptionnelle qui change chaque année la trajectoire de centaines de jeunes ! Après ce 9e projet, je peux réaffirmer que les personnes de bonne volonté existent partout sur la planète. Elles démontrent au quotidien qu’« à notre échelle, nous pouvons tous faire la différence » ! #GenerationImpact

