Negzzia, réfugiée, sans-abri et top model. Elle se bat pour un rêve

Romain Sion Negzzia France

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Je m’appelle Negzzia. Je suis née le 9 février 1990 à Téhéran, en Iran. Ma mère est professeure de yoga et mon père est ingénieur. Je suis fille unique. Depuis l’enfance, je suis passionnée par le cinéma, la mode et l’art. De 18 à 24 ans, j’ai travaillé comme photographe en Iran. À 22 ans, je travaillais dans une maison de couture à Téhéran, où l’on m’a vite proposé de devenir mannequin. Je suis immédiatement tombée amoureuse de ce métier et j’ai eu beaucoup de succès en Iran. J’ai défilé pour de grandes maisons de couture et pour de grandes marques iraniennes et internationales, comme Fendi, Gucci, M & G, etc. J’ai aussi prêté mon visage à des maquilleurs.

J’ai toujours voulu réussir dans mon pays et je n’ai jamais pensé le quitter, car toute ma famille et tous mes amis y étaient. Je voulais faire de mon mieux pour enrichir la mode avec des idées nouvelles, mais la vie en a décidé autrement. Au bout de quelques années, le gouvernement a décidé qu’aucun mannequin, photographe ou marque ne pouvait réaliser de photos de mode sans certaines restrictions. D’après les lois auxquelles nous étions soumis, nous devions travailler en hijab. À partir de ce moment, mes problèmes ont commencé.

Mes collègues avaient peur de reprendre le travail. Une poignée de mannequins et de photographes continuaient leur activité, et j’en faisais partie. Le gouvernement avait déjà essayé de m’arrêter en s’introduisant dans mes comptes Facebook et Instagram, mais j’ai redoublé d’efforts pour poursuivre mon activité. Ce métier était tout pour moi. Les autorités nous avaient ordonné d’arrêter de travailler, sinon nous serions tous mis en prison. Tout le monde autour de moi me demandait d’obéir et de m’excuser auprès des autorités. Mais je n’avais rien fait de mal et c’était le métier de mes rêves. On m’a dit de quitter mon travail, de m’excuser et de payer l’amende que je devais au gouvernement. Je ne l’ai pas fait. Pour moi, c’était stupide et risible. Je pensais qu’ils essayaient simplement de nous faire peur, de nous impressionner.

Je rêvais d’une carrière de mannequin international, de me voir en couverture des magazines de mode et de travailler librement comme le font les mannequins d’autres pays. Mais le gouvernement était très sérieux. Je savais que mes activités récentes n’avaient pas échappé aux autorités et que mes collègues et moi nous mettions en danger en continuant d’exercer nos métiers. Plus nous en savions, plus nous attirions l’attention de la FATA. Leurs actions n’étaient pas dirigées uniquement contre moi. Mes collègues mannequins et photographes ont subi le même sort.

Un jour, une amie en contact avec la police m’a appelée pour me dire que la police locale était en route pour nous arrêter. Ma peine était plus lourde que celle des autres à cause de la nudité sur mes photos : prison et flagellation. J’ai finalement été forcée de fuir mon pays, laissant ma famille et mes amis, avec un seul sac pour tout bagage. La Turquie était le seul endroit où il était facile d’obtenir un visa et où le coût de la vie était abordable. J’ai quitté l’Iran avant que la police ne puisse m’attraper et m’envoyer en prison. Dieu seul sait ce qui aurait pu m’arriver là-bas.

Je me suis installée en Turquie, où j’ai vécu plus d’un an. Mes amis turcs m’ont aidée à quitter le pays en sécurité. Ils m’ont aidée à obtenir un visa pour la France. Je devais avoir un emploi et un logement à mon arrivée, mais l’homme qui m’avait aidée à trouver ce travail a fini par refuser de m’aider parce que je n’avais pas voulu coucher avec lui. Je suis partie seule en France.

Aujourd’hui, je suis en France et je suis devenue réfugiée, parce que j’avais besoin de nouveaux papiers d’identité et que je voulais travailler normalement. Vivre en tant que réfugiée a été un cauchemar, et ce n’était pas facile. J’ai perdu tout mon argent dans des hôtels, car je ne pouvais ni louer un logement ni trouver un emploi. Je me suis retrouvée sans abri à Paris et j’ai dû dormir dans la rue en plein hiver.

Je veux réaliser mes rêves d’artiste. Je ne demande pas grand-chose, juste la possibilité d’être ce que je suis et de faire ce que j’aime. J’ai tout perdu pour ce rêve : ma maison, mon père et mes amis. Maintenant, je veux simplement vivre sans peur et commencer une nouvelle vie dans le monde de l’art. Un million de fois, j’ai voulu abandonner, mais mon rêve était la seule chose que j’avais, la seule qui me donne envie de combattre l’obscurité et de réaliser mon rêve. Je n’ai plus rien à perdre et je veux simplement faire de mon mieux. On ne vit qu’une fois, et je veux prouver à moi-même et à toutes les personnes en difficulté que les rêves peuvent devenir réalité.