Bonjour à tous,
Notre aventure avec l’ONG Arca touche presque à sa fin. Pour la 7e année consécutive, nous avons eu le privilège de partager le quotidien d’une équipe de militants incroyables. Quand on regarde la télévision, on a parfois le cafard en se disant que le monde va mal. En prenant le temps de regarder, je peux vous dire qu’il existe d’innombrables initiatives positives comme Arca, qui changent le monde sans faire la une.
Créer de l’impact est complexe :

L’objectif du programme d’Arca Do Saber est très clair : développer l’estime de soi et les soft skills des enfants de 6 à 14 ans. IPSOS avait mesuré que 67 % des habitants de la favela avaient une faible estime de soi. Pour mesurer l’impact d’Arca Do Saber, nous avons construit un cadre de 54 questions contextualisées sur : la prise de décision, la maîtrise de soi, la résilience, la communication, l’empathie, la relation aux autres, l’estime de soi et la confiance en l’avenir. En appliquant ce cadre chaque année, Arca pourra suivre le développement de chaque enfant accompagné et adapter son programme éducatif.
Ce qui est complexe dans la construction d’un programme, c’est la prise en compte d’autres facteurs essentiels pour atteindre un objectif central. Chez Arca, il a fallu développer d’autres programmes sur la santé, la nutrition et l’accompagnement des parents pour agir sur l’estime de soi des enfants, qui était l’objectif central.
Un futur projet dentaire :

Après son dépistage médical des 130 enfants d’Arca do Saber, Sarah a pu analyser toutes les données collectées (issues des questionnaires évoqués plus haut) et les présenter aux enseignants d’Arca. Cela nous a permis de mettre en évidence certains constats : 50 % des enfants n’ont jamais vu de dentiste, 49 % des plus grands ont honte de leur sourire, 40 % des enfants ont besoin de soigner rapidement des caries, dont 11 % dans un état critique… Sarah a ainsi pu définir une liste de priorités de soins ainsi qu’une liste de recommandations de prévention directement applicables par les enseignants (habitudes alimentaires, visites régulières chez le dentiste, brossage des dents…). Graphique ci-dessous sur la répartition des caries par tranche d’âge.

Le dossier de Sarah sera complété par un budget permettant aux équipes d’Arca d’obtenir le financement de ce projet auprès d’un partenaire. Pendant notre séjour, Thaïs, la présidente, a obtenu un premier partenariat avec un dentiste qui prendra en charge les enfants identifiés par Sarah. Ce qui a beaucoup impressionné Sarah pendant cette mission, c’est la gentillesse des enfants quand elle s’occupait d’eux.
Père Assis et Cida, deux leaders respectés de la favela :

Le père Assis est unique en son genre. Avec son look rasta, c’est le prêtre de la favela. Originaire du Cap-Vert, il a accepté de tout quitter pour s’installer à Vila Prudente, où il vit depuis 10 ans. En plus de se mettre au service des plus démunis, il suit des cours de droit pour défendre les détenus injustement condamnés. Le racisme est toujours présent, et être noir et sans argent n’est pas un avantage. Selon Assis, il est impossible de se battre si l’on ne connaît pas ses droits.
Cida est la responsable de la cuisine d’Arca. Après avoir travaillé dans un grand restaurant, elle a tout quitté pour se rapprocher de sa famille qui vit dans la favela. Même si ses plats sont délicieux, son rôle va bien au-delà. Ayant des proches haut placés dans le trafic de drogue, elle joue le rôle d’intermédiaire pour Arca. Par exemple, le jour où Valérie Trierweiler est venue visiter la favela, aucune erreur n’était permise. Grâce à Cida, tout s’est bien passé.
Une belle surprise pour notre départ :

Pour notre dernier jour chez Arca, les enfants et leurs enseignants nous avaient préparé une belle surprise à la cantine. Ils nous ont offert une jolie boîte faite maison dans laquelle les enfants avaient fait des dessins pour nous. Nous vous en laissons découvrir quelques-uns ! Un geste touchant pour notre départ ! Ce qui a fait le succès de ce projet, c’est la bonne adéquation entre les attentes d’Arca et nos compétences.
Dans la favela de Rocinha, c’était tendu…

À Rio, 3 clans s’affrontent : le Comando Vermelho, le Troisième Commando et l’ADA. Hier matin, nous étions dans la favela de Rocinha à Rio avec un guide local. Rocinha est le territoire du Comando Vermelho. On le voit sur les murs, où les initiales CV (Comando Vermelho) sont taguées. Impossible d’y prendre des photos, mais voici ce qui nous a marqués…
Le réseau est très organisé. Des gardes sont postés à chaque entrée pour empêcher les descentes de police. Plus nous approchions, plus les gardes étaient lourdement armés. Ce qui nous a frappés, c’est l’âge des gardes : 14-15 ans en moyenne. Le premier que nous avons croisé avait au plus 12-13 ans. Il marchait avec une AK-47 ornée d’une tête de mort.

Un peu plus loin se trouvait le point de vente. Plusieurs dizaines de gardes armés d’AK-47, de fusils de précision ou de mitraillettes montaient la garde près d’une table installée au milieu de la rue. La cocaïne et la marijuana étaient les principaux produits en vente. À l’écart, dans un bar, nous avons vu le comptable trier plusieurs liasses de billets. Cela nous paraissait hors du commun, mais c’était en réalité une scène quotidienne dans la favela. Nous voyant un peu perplexes, l’un des chefs de clan s’est approché du guide et a dit : « Ne vous inquiétez pas, vous pouvez vous détendre. Vous n’avez rien à craindre ici. Juste pas de photos. »
On nous a dit que le trafic avait d’autres sources de profit, comme le racket. Quand un commerce veut s’installer dans la favela, il doit payer des « taxes ». Cela concerne surtout les activités de vente de gaz, de transport, d’installation de wi-fi et de câble TV, qui rapportent jusqu’à 400 000 € par semaine. En contrepartie de ces profits juteux, ces petits seigneurs de guerre locaux ne peuvent pas quitter la favela et leur espérance de vie est très courte.

Ce qui est contre-intuitif, c’est que ces organisations ne sont pas uniquement perçues comme néfastes par la communauté. Dans certains cas, elles aident des familles dans le besoin avec de la nourriture, des médicaments… Elles aident plus que l’État, qui a parfois abandonné ces familles en désertant leurs quartiers.
Nous n’aurions jamais fait cela sans un guide qui connaissait parfaitement la zone et, surtout, avait les bons contacts. Ce qui restera gravé dans notre mémoire, c’est l’âge de ces jeunes qui se laissent entraîner. Peut-être à cause du manque d’opportunités qui leur sont offertes, ou parce que certains ne croient plus en leur avenir. D’autant que le guide nous a expliqué qu’un cercle vicieux s’est installé : beaucoup de filles tombent enceintes vers 15-16 ans et finissent par élever seules leurs enfants. Leur difficulté à joindre les deux bouts nuit souvent à l’éducation et aux perspectives d’avenir de leurs enfants.
Pourquoi autant de personnes continuent-elles de s’entasser dans les favelas ?

L’une des principales raisons est le transport vers le lieu de travail. Beaucoup de gens travaillent dans le centre-ville. Vivre en dehors des favelas prendrait trop de temps et coûterait trop cher.
Bien que souvent négligés par l’État, les habitants des favelas sont essentiels au bon fonctionnement de la ville. Les chauffeurs, les agents de sécurité, les caissières, les techniciens de surface, les nounous… la plupart vivent dans les favelas. Les trafiquants auxquels on pense ne représentent qu’une infime minorité.
À la fin de cette journée pleine de découvertes, nous avons rencontré un talentueux groupe de capoeira. Ils ont partagé avec nous leur art et leur passion. Il y a aussi un talent incroyable dans la favela de Rocinha.
Demain, c’est le grand retour !
Belle journée à tous, et à très vite,
Sarah & Romain

